La révolution technologique

Innover et investir

Lancement du Hoche, cuirassé d'escadre, en 1886
Lancement du Hoche, cuirassé d'escadre, en 1886

Au XIXe siècle, la Marine doit relever le défi de la révolution technologique navale, celle de la machine à vapeur, de l'hélice, du fer, de la cuirasse.

Pour faire de Lorient un outil à la hauteur de ses ambitions, l'Etat se doit d'investir massivement. L'espace industriel hérité de la Compagnie est étroit. Le développement de la marine à vapeur oblige sans cesse à construire, aménager, redéployer, délocaliser, relocaliser et surtout étendre l'infrastructure sur les rives du Scorff. Plus de dix millions de francs seront consacrés par la Marine à l'amélioration de la qualité des eaux de la rade et du Scorff. La mise en chantier en 1858 de la frégate cuirassée La Couronne exige l'implantation de nouveaux ateliers. C'est essentiellement grâce à son arsenal que Lorient continue de prospérer, notamment après l'invention du cuirassé par Dupuy de Lôme.

La Marine, avec ses ateliers de pointe, réalise un grand nombre d'innovations techniques : 1er navire à vapeur en 1818 ; 1ère frégate à hélices en 1845 ; 1er cuirassé en acier en 1875. De Caudan à Lanester, les chantiers se multiplient. Les effectifs de l'arsenal passent de 1500 en 1830, à 4000 en 1870. 75 % de la main d'oeuvre de l'arsenal vit alors à Lorient.

Le rééquilibrage démographique profitera, à partir de la fin du XVIIIe siècle aux communes périphériques. En 1872, Lorient comprend 34000 habitants. La pêche se développe avec l'invention des conserves à huile.

1880 - 1940 : les " 60 glorieuses " des ports de Lorient

L'inauguration du port de pêche de Keroman en juillet 1927
L'inauguration du port de pêche de Keroman en juillet 1927

Sous la IIIe République, la ville de Lorient est marquée par de profonds changements politiques, économiques et sociaux. Le port lorientais se réveillle. L'industrie métallurgique, grâce aux forges de Lochrist, prend un véritable essor. Avec trois atouts majeurs - l'énergie hydraulique des barrages du Blavet, la forte demande en fer blanc des conserveries de poissons et une main d'oeuvre rurale nombreuse et bon marché - les forges deviennnent le deuxième employeur du département, et le port d'Hennebont, le second port maritime du Morbihan.

De nombreuses infrastructures se développent : extension du réseau d'eau potable, lignes de tramway électrique, créations de boulevards, établissements publics (écoles, hôpital...).

Les espaces portuaires de la ville bénéficient durant cinquante années, entre 1880 et 1930, de réaménagements conséquents, alors que le trafic commercial explose. En 1920, le premier navire est accueilli au port de Kergroise. Entre 1922 et 1927, le port de pêche de Keroman est édifié. Cinq ans plus tard, un slipway unique en France, est mis en service. L'avancée technologique héritée du XIXe siècle en matière de marine à vapeur ainsi que sa position stratégique sur l'océan Atlantique favorisent vraisemblablement le développement d'une nouvelle activité économique : la pêche. Entre 1926 et 1939, la production débarquée passe de 23000 tonnes à plus de 33000 tonnes, les équipages, de 1460 à 1997 hommes. Mareyage, construction navale, maintenance, armement, conserveries de poissons, ateliers de transformation... constituent les activités dominantes de Lorient. Lorient devient le 3e puis bientôt le 2e port de pêche français.

Kergroise devient un grand port charbonnier : les importations passent de 31 000 tonnes en 1901, à 239 000 tonnes en 1930, soit la moitié du trafic portuaire.

Grand port d'armement, de commerce et de pêche, la diversification des activités industrielles modifient considérablement le paysage économique local. En 1911, la population passe à 50 000 habitants.

Face à la crise de la pêche côtière qui nécessite de se rendre dans des lieux beaucoup plus éloignés, Lorient va jouer la carte du chalutage à vapeur et exploiter sa situation maritime médiane entre la mer d'Irlande et le golfe de Gascogne. Alors que la pêche s'industrialise, le pôle de l'activité halieutique se déplace sur Lorient. Le port du Faouëdic, aménagé au XIXe siècle, partiellement occupé par des bâtiments de guerre, de pêche et de commerce, est désormais trop exigu et insuffisamment accessible. Avec la modification de la géographie portuaire et de l'espace urbain qui se déplace vers le sud-ouest, un nouveau quartier se dessine : Nouvelle-Ville.

Jusqu'en 1940, l'arsenal construit de nombreux bâtiments de moyen et léger tonnage dans la grande forme et sur les cales de la rive gauche.

A la veille de la seconde guerre mondiale, Lorient est à la fois un port militaire avec un arsenal à l'avant-garde des techniques navales, un port de commerce actif et un port de pêche en pleine croissance. Keroman compte autant d'emplois que l'arsenal et autant que la Marine et l'Armée de terre réunies. En un siècle, la population a doublé.